Histoire de l'ile de Ré

Histoire de l'île de Ré : de l'archipel englouti à la bataille oubliée des marais

Vingt mille ans d'une île qui n'a jamais cessé de se réinventer

En bref : l'île de Ré, aujourd'hui longue de 30 km pour 85 km², est née de la fusion de quatre îlots séparés par la mer il y a environ 20 000 ans. Terre de sel et de vigne au Moyen Âge, elle repousse une invasion anglaise en 1627, se fortifie sous Vauban à partir de 1674, puis s'ouvre au monde avec le pont de 1988. Une découverte archéologique majeure, en 2024, a relocalisé le site exact d'une bataille oubliée depuis quatre siècles.

Marcel a 87 ans, une bonne mémoire et une carte postale jaunie qu'il garde dans le tiroir du buffet depuis toujours. Elle montre le port de Saint-Martin-de-Ré, sans le pont, sans les voitures, avec juste des barques de pêche alignées le long du quai. « Ça, c'était avant que ton arrière-grand-père y aille en vélo-ferry », dit-il à son petit-fils Gaspard, qui ne voit dans cette photo qu'un décor un peu triste. Marcel, lui, y voit une île entière : ses marais, ses guerres, ses moines, ses corsaires du sel. Une île qui n'a jamais été aussi simple qu'elle en a l'air.

Une île née de la mer, il y a 20 000 ans

L'île de Ré n'a pas toujours existé sous sa forme actuelle. Au plus fort de la dernière glaciation, il y a environ 20 000 ans, le niveau marin est bien plus bas qu'aujourd'hui et les terres qui deviendront l'île sont reliées au continent, à l'extrémité occidentale de la France.

Le réchauffement fait ensuite remonter la mer, qui découpe les terres et crée des chenaux. Ce n'est pas une île mais un petit archipel qui émerge : une grande masse à l'est, les futurs territoires d'Ars et de Loix, et un îlot isolé du côté des Portes-en-Ré. Il faudra des millénaires, l'action des courants et le travail des sauniers pour souder ces morceaux de terre en une île unique — un processus que l'on peut approfondir sur notre page consacrée aux îles de Charente-Maritime.

💡 Pépite : l'île de Ré que l'on connaît aujourd'hui est donc, géologiquement, un archipel recollé. Les marais salants médiévaux n'ont pas seulement produit du sel : ils ont littéralement soudé les îlots entre eux.

Les premiers Rétais, une vie réglée par la marée

Les premières traces de peuplement remontent au Néolithique. Ces habitants vivent des ressources du littoral : poissons, coquillages, oiseaux, terres cultivables. La mer n'est jamais un simple décor pour eux : elle nourrit, isole, sert de route ou de frontière selon les jours. Cette relation directe à l'eau restera au cœur de l'identité rétaise pendant des siècles, des sauniers médiévaux aux marins du XIXe.

Sous Rome, une île discrète mais active

Après la conquête romaine de la Gaule, la proximité de Saintes place l'île sur des routes commerciales actives. Des fragments de céramiques et des monnaies romaines ont été retrouvés à La Flotte, Saint-Martin-de-Ré, Sainte-Marie-de-Ré et au Bois-Plage-en-Ré. On imagine de petites exploitations agricoles et des embarcations longeant la côte, échangeant sel, poissons et produits agricoles avec le continent.

Une île plus peuplée qu'on ne le croyait au haut Moyen Âge

Entre le IVe et le Xe siècle, les raids normands fragilisent les communautés littorales de l'Atlantique et les traces archéologiques se raréfient. Pourtant l'île n'est jamais vide : en 2025, des fouilles ont mis au jour une cinquantaine de sépultures et les vestiges d'une chapelle datés entre le VIIIe et le Xe siècle, là où les archéologues s'attendaient à trouver des restes gallo-romains. Une découverte qui rappelle que derrière le silence des archives, des familles entières cultivaient, pêchaient et enterraient leurs morts sur l'île.

Le sel et la vigne, richesses du Moyen Âge

À partir du XIe siècle, l'économie rétaise se structure autour de deux ressources : le sel, indispensable à la conservation des aliments avant l'ère du froid, et la vigne, dont le vin trouve des débouchés sur le continent. Construire un marais salant exige des digues, des bassins et un entretien constant des chenaux — un savoir-faire transmis de génération en génération, et que l'on retrouve dans une autre grande zone humide de la région, le Marais Poitevin.

  • Sel : conservation de la viande et du poisson, moteur du commerce maritime
  • Vigne : vin puis eaux-de-vie, exportés vers les ports voisins
  • Villages : Ars, La Flotte, Saint-Martin, Sainte-Marie et Loix s'affirment durablement

Une île convoitée entre France et Angleterre

Face à La Rochelle, l'île occupe une position stratégique qui attire les convoitises bien avant le XVIIe siècle. En 1154, le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt fait passer l'Aquitaine, et l'île avec elle, sous influence anglaise ; elle ne revient dans le royaume de France qu'en 1243. Pendant la guerre de Cent Ans, contrôler Ré signifie surveiller les voies maritimes et disposer d'un point de débarquement vers La Rochelle — un fil qui relie directement l'histoire de l'île à celle de La Rochelle.

1627 : le duc de Buckingham débarque à Ré

En 1627, La Rochelle est une place forte protestante en rupture avec Louis XIII. L'Angleterre choisit de la soutenir : le duc de Buckingham débarque sur l'île avec une armée de plusieurs milliers de soldats, dans le but de prendre pied face à la ville. Il se heurte à la résistance du gouverneur Jean de Saint-Bonnet, seigneur de Toiras, qui tient le siège de Saint-Martin-de-Ré. Le 8 novembre 1627, les Anglais sont finalement défaits en tentant de rembarquer, lors de la bataille du pont du Feneau.

📜 Pépite peu connue : le site exact de cette bataille est resté introuvable pendant près de quatre siècles. Ce n'est qu'en 2024 que l'association Île de Ré Patrimoine l'a localisé avec précision, dans les marais salants entre La Couarde-sur-Mer et Loix, en croisant un tableau d'époque de Laurent de La Hyre avec les récits détaillés du témoin Jacques Isnard.

Environ 3 000 soldats anglais auraient péri dans ces marais et pourraient encore s'y trouver, avec armes et équipements, dans un état de conservation jugé exceptionnel en Europe. Des fouilles archéologiques sont annoncées entre 2026 et 2028, avec, à terme, un projet de musée.

Vauban fait de Saint-Martin une forteresse

En 1674, Louis XIV confie à Vauban la transformation de Saint-Martin-de-Ré en place forte capable de protéger toute la population de l'île en cas d'invasion. Entre 1681 et 1685, remparts, bastions, fossés et citadelle redessinent la ville selon une logique précise : chaque angle surveille une approche, chaque glacis dégage la vue.

Élément Repère
Commanditaire Louis XIV, ingénieur Vauban
Construction 1681 – 1685
Étendue des fortifications Environ 14 km, en demi-cercle autour de la ville
Reconnaissance UNESCO 2008, réseau des sites majeurs de Vauban

Une île de marins : quand les Rétais chassaient le cachalot

🐋 Pépite peu connue : aux XVIIIe et XIXe siècles, quelques marins rétais, inspirés des Basques, Bretons et Hollandais partis pêcher la morue à Terre-Neuve, se sont lancés dans la chasse au cachalot en plein Atlantique. Une activité risquée et lucrative, aujourd'hui presque oubliée, très éloignée de l'image paisible que l'île renvoie désormais.

Du bagne au pont : les XIXe et XXe siècles

La citadelle de Saint-Martin-de-Ré sert longtemps de dépôt pour les condamnés avant leur départ vers les bagnes coloniaux, un usage pénitentiaire qui perdure aujourd'hui et explique pourquoi elle ne se visite pas, contrairement aux remparts. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'île est occupée et intégrée au mur de l'Atlantique ; certains blockhaus sont encore visibles, parfois cachés par la végétation.

En 1988, l'inauguration du pont change tout. Pendant des siècles, rejoindre l'île exigeait une traversée en bateau. Le pont facilite le quotidien des habitants et accélère l'essor touristique — ouvrant une nouvelle question, toujours d'actualité : comment accueillir sans perdre son âme ?

L'île de Ré aujourd'hui, en quelques chiffres

Donnée Repère
Superficie Environ 85 km²
Population permanente Environ 18 000 habitants à l'année (Insee)
Hauteur maximale des constructions 2 étages, pour préserver le grand ciel rétais
Ouverture du pont 1988

Les marais salants ne sont plus seulement un décor photogénique : ils restent un refuge majeur pour la biodiversité, tout comme les villages qui ont gardé leur caractère — à découvrir sur notre page dédiée aux villages pittoresques de Charente-Maritime. L'île doit désormais composer avec l'érosion du littoral et la pression touristique, deux défis qui prolongent, à leur manière, une histoire faite d'adaptation permanente — un fil que l'on retrouve à l'échelle de tout le département sur La Véritable Charente-Maritime et dans le patrimoine roman de la région.

Sources : Office de tourisme de l'île de Ré, Réseau des sites majeurs de Vauban (UNESCO), Insee, Ré à la Hune.

Poser vos valises pas loin de cette histoire

Quel que soit le gîte choisi parmi La Charentaise, Au Fil de l'Eau ou Le Grand Horizon, Saint-Pierre-la-Noue offre un point de départ tranquille pour explorer l'île de Ré et La Rochelle sans passer vos journées sur la route.

La Charentaise

Gîte cosy pour 2 à 4 personnes, 50 m², idéal pour une escapade à deux ou en petite famille.

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Au Fil de l'Eau

Jusqu'à 10 personnes sur 115 m², parfait pour les familles nombreuses ou deux familles réunies.

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165 m² pour 14 personnes, pensé pour les grands rassemblements en famille ou entre amis.

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Questions fréquentes sur l'histoire de l'île de Ré

L'île de Ré a-t-elle toujours été une île ?

Non. Il y a environ 20 000 ans, au plus fort de la dernière glaciation, les terres qui forment aujourd'hui l'île étaient reliées au continent. La montée des eaux a ensuite créé un petit archipel de plusieurs îlots, progressivement soudés par les alluvions et les marais salants aménagés par l'homme.

Que s'est-il passé sur l'île de Ré en 1627 ?

Le duc de Buckingham y a débarqué avec une armée anglaise pour soutenir La Rochelle, alors en rébellion contre Louis XIII. Après un siège prolongé de Saint-Martin-de-Ré, les Anglais sont défaits le 8 novembre 1627 lors de la bataille du pont du Feneau, en tentant de rembarquer vers Loix.

Où se trouve exactement le site de la bataille du pont du Feneau ?

Le site exact, resté introuvable pendant près de quatre siècles, a été localisé en 2024 par l'association Île de Ré Patrimoine dans les marais salants situés entre La Couarde-sur-Mer et Loix, grâce à un tableau d'époque et à des récits de témoins directs de la bataille.

Pourquoi Vauban a-t-il fortifié Saint-Martin-de-Ré ?

À partir de 1674, Louis XIV veut protéger les approches maritimes de Rochefort, arsenal royal stratégique, et empêcher toute puissance ennemie d'utiliser l'île comme base arrière. Vauban conçoit une enceinte capable d'abriter toute la population insulaire en cas d'invasion, achevée en 1685.

Pourquoi la citadelle de Saint-Martin-de-Ré ne se visite-t-elle pas ?

Depuis le XIXe siècle, la citadelle sert de lieu de détention, notamment comme dépôt pour les condamnés avant leur départ vers les bagnes coloniaux. Elle est toujours un établissement pénitentiaire actif aujourd'hui, ce qui explique qu'elle reste fermée au public, contrairement aux remparts environnants, librement accessibles.

Depuis quand peut-on rejoindre l'île de Ré en voiture ?

Le pont reliant l'île au continent a été inauguré en 1988. Avant cette date, la traversée se faisait uniquement par bateau. Cette ouverture a facilité la vie quotidienne des habitants et accéléré le développement touristique et immobilier de l'île au cours des décennies suivantes.

Les Rétais ont-ils vraiment chassé la baleine ?

Oui, dans une moindre mesure. Aux XVIIIe et XIXe siècles, certaines familles maritimes de l'île se sont lancées dans la chasse au cachalot en Atlantique, inspirées par les marins basques, bretons et hollandais. Cette activité, aujourd'hui méconnue, a marqué durablement la mémoire de plusieurs familles rétaises.

L'île de Ré et l'histoire de La Rochelle sont-elles liées ?

Très étroitement. La position de l'île face à La Rochelle en a fait un enjeu militaire majeur pendant des siècles, notamment lors du siège de 1627-1628 : la défaite anglaise sur Ré a directement précédé et facilité la chute de La Rochelle protestante face aux troupes royales.