Surgéres

Surgères · Mémoire vivante

Surgères, ma ville

Paulette, 86 ans, raconte

Elle s'appelle Paulette. Elle est née à Surgères en 1939, dans une petite maison de pierre calcaire du centre-ville, à deux pas de l'église Notre-Dame. Aujourd'hui, elle a 86 ans, une mémoire d'acier et un sourire qui pourrait éclairer tout le parc du château. Nous l'avons rencontrée un mardi matin, jour de marché — bien sûr. Elle nous a tout raconté.

"Je suis née ici, et je mourrai ici"

Paulette pose sa tasse de café sur la table en formica de sa cuisine et sourit. « Vous savez, les gens de la ville me demandent parfois si j'ai envie de partir, de me rapprocher de la mer, de La Rochelle, de Royan. Je leur réponds toujours la même chose : pourquoi partir quand on est déjà bien ? »

Elle a vu Surgères changer, grandir, parfois souffrir. Elle en connaît chaque rue, chaque pierre, chaque visage ou presque. Et quand elle parle de sa ville, c'est avec cette tendresse tranquille que l'on réserve aux choses que l'on aime vraiment — sans avoir besoin de le crier. Mais avant de parler de Surgères aujourd'hui, elle remonte le temps. Loin.

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L'enfance sous l'Occupation, et la lumière de la Libération

Paulette avait cinq ans quand la guerre s'est terminée. Elle ne garde que des bribes de cette époque — des images floues, des sensations, des odeurs. « Je me souviens surtout du silence. Surgères était une ville silencieuse pendant la guerre. Les adultes parlaient bas. Ma mère faisait la queue devant la boulangerie très tôt le matin, avant même que le soleil se lève. »

La région, terre agricole et laitière, a su nourrir les siens tant bien que mal. « On avait le beurre, au moins, » dit Paulette avec un petit rire. « Le beurre de Surgères, c'était notre richesse. Même pendant la guerre, on en faisait. Pas beaucoup, mais on en faisait. » Ce beurre allait devenir une fierté nationale : en 1979, le beurre Charentes-Poitou obtiendra la première AOC de France pour un produit laitier.

La Libération, elle s'en souvient mieux. « J'avais six ans. Il y avait des gens dans les rues, des cris, des chants. Ma mère pleurait. Je n'avais jamais vu ma mère pleurer de joie avant ce jour-là. » Elle marque une pause. « C'est drôle, hein. On retient mieux les larmes de peine que les larmes de joie — et ce jour-là, ce sont les larmes de joie de ma mère que j'ai vu et que je n'ai jamais oubliées.. »

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Surgères dans les années 50 : une ville qui reprend son souffle

L'après-guerre, c'est d'abord la reconstruction — pas seulement des murs, mais des habitudes, des commerces, de la vie sociale. Pour la petite Paulette, Surgères des années cinquante c'est une ville modeste, laborieuse, profondément enracinée dans son terroir.

« Le marché, c'était le cœur de tout. Le mardi et le jeudi, la place s'animait. Les paysans venaient de tous les villages alentour — de Saint-Pierre-la-Noue, d'Ardillières, de Landrais. Ils amenaient leurs légumes, leurs volailles, leur beurre. L'odeur de tout ça, je ne l'ai jamais oubliée. »

L'église Notre-Dame, classée Monument Historique, trônait au centre de leur vie comme elle trônait au centre de la ville. Son clocher roman, ses chapiteaux sculptés, sa façade aux arcs en plein cintre — tout cela faisait partie du décor quotidien sans qu'on y prête vraiment attention. « On y allait le dimanche, bien sûr. Mais c'était surtout un repère. Quand on était gamins et qu'on se perdait en jouant dans les ruelles, on cherchait le clocher pour retrouver son chemin. »

Le château médiéval, ses remparts, sa tour Hélène — tout cela faisait partie du décor quotidien. « Pour nous les enfants, c'était notre terrain de jeu. On ne réalisait pas vraiment que c'était de l'histoire, du patrimoine. C'était juste nos pierres, notre parc, notre chez-nous. » La tour rappelle pourtant un souvenir littéraire exceptionnel : c'est ici que vécut Hélène de Fonsèque, dernière muse du poète Ronsard, au début du XVIIe siècle. « Un des plus grands poètes de France a écrit pour une femme de chez nous. Pas mal pour une petite ville, non ? » dit Paulette avec une fierté toute simple.

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La foire de Surgères, et l'homme qui allait tout changer

Il y a une chose que Paulette n'a pas encore mentionnée, et qui pourtant a changé toute sa vie. La foire de Surgères. « La foire, c'était quelque chose, dans le temps. Rien à voir avec ce qu'il en reste aujourd'hui. Il y a soixante ans, c'était un événement énorme. Les gens venaient de partout — des villages, des fermes isolées, des bourgs voisins. On y vendait des bêtes, des outils, des étoffes. Les enfants couraient entre les stands. Ça durait des jours. »

C'est là, au milieu de cette foire animée, qu'elle a rencontré Marcel. Il venait de Saint-Germain-de-Marencennes — aujourd'hui connu sous le nom de Saint-Pierre-la-Noue — un village tranquille à quelques kilomètres de Surgères, faites y un tour, vous verrez ses maisons aux volets bleu ciel et son chêne tricentenaire du Pré Bègue, un arbre colossal d'environ deux mètres de diamètre qui aurait connu le règne de Louis XIV. « Marcel habitait pas loin du vieux chêne. La première fois que je suis allée chez lui, j'ai vu cet arbre au bout du chemin. Je me souviens avoir pensé : un homme qui vit à côté d'un arbre pareil, il doit avoir les pieds sur terre. » Elle rit doucement.

Ils se sont mariés l'année suivante. Six enfants sont nés de cette union — trois garçons, trois filles. Aujourd'hui tous mariés, tous partis, éparpillés sur les départements voisins et au-delà. « La Vendée, la Gironde, la Vienne, Paris pour l'un d'eux... Quand je dis ça, ça me fait toujours quelque chose. Ils sont partis loin. Mais ils reviennent. »

« Quand ils viennent tous en même temps, on ne tient pas chez moi. Alors les enfants louent un gîte pas loin — comme ça on est ensemble, mais chacun a son espace. C'est mieux comme ça. On mange ensemble le soir, on se promène dans le parc le matin. Et moi je suis dans ma maison, dans mon Surgères. Tout le monde est content. »

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Les années 60 et 70 : Surgères se modernise

Paulette avait vingt ans dans les années soixante, et comme partout en France, Surgères a commencé à changer de visage. Des maisons ont poussé autour du centre, des commerces ont ouvert, la ville s'est étalée. « Mais le cœur est resté le même, » dit-elle. « Le marché, le château, l'église. Ça, ça n'a pas bougé. »

La coopérative laitière s'est développée, fidèle à la vocation profonde de la région. « Ici, le lait et le beurre, c'était notre pétrole. Mon père travaillait dans le secteur agricole. Marcel aussi. Surgères a toujours vécu avec et pour sa campagne. »

Les halles ont, elles aussi, leur propre histoire. Le bâtiment d'origine en pierre de taille date de 1842 — un projet si ambitieux que les autorités préfectorales de l'époque avaient failli le refuser, le jugeant trop coûteux. À l'étage, deux salles avaient été aménagées : l'une servait de théâtre, l'autre de bourse où l'on fixait chaque samedi le prix des denrées. En 1885, une extension en structure métallique façon Baltard vint agrandir l'ensemble — ces grandes charpentes en fer forgé et ces toitures ajourées qui laissent entrer la lumière, si caractéristiques du XIXe siècle. Au début des années 2000, une réhabilitation complète a allégé et ouvert la partie métallique sur la ville. « Quand j'étais petite, les halles étaient plus sombres, plus lourdes. Maintenant c'est aéré, on voit le ciel entre les poutres. C'est mieux. »

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Surgères aujourd'hui, vue par Paulette

Paulette fait encore ses courses à pied. Elle connaît les commerçants par leurs prénoms, et eux connaissent le sien. Si on lui demande ce qu'elle aime dans sa ville, elle ne sort pas une liste — elle raconte.

« Le matin, je vais au parc du château. Avec les marronniers, les remparts en fond, la Gère qui coule doucement — c'est un des plus beaux endroits que je connaisse. Et j'en connais pas mal pourtant. » Le parc du château est un écrin de verdure au cœur de la ville, ouvert à tous, gratuit, calme même en plein été. Les bords de la rivière invitent à une promenade lente, les yeux relevés vers les pierres médiévales.

Le mardi, le jeudi et le samedi matin, de 8h30 à 13h, c'est le marché. Paulette ne le manque jamais. « Vous trouvez de tout : les légumes du coin, le fromage, le miel, la charcuterie. Mais surtout, vous croisez les gens. C'est ça le vrai marché — pas juste acheter, mais parler. » Elle s'arrête sur un stand de melons charentais, échange trois mots avec le maraîcher, ils rient. On comprend qu'ils se connaissent depuis longtemps.

Un peu à l'écart du centre, la Coulée Verte serpente à travers les marais asséchés et les petits canaux. « J'y vais avec mes petits-enfants quand ils viennent. On n'a pas besoin de parler. On marche, on regarde les hérons, on écoute l'eau. C'est tout. Et c'est suffisant. » Ce chemin tranquille relie d'ailleurs les villages alentour — on peut le prolonger jusqu'à Saint-Pierre-la-Noue, l'ancienne Saint-Germain-de-Marencennes, là où Marcel avait ses racines et son vieux chêne.

Et puis il y a l'église Notre-Dame, toujours là. « Je ne suis plus très croyante. Mais cette église, je l'aime. Elle était là avant moi, elle sera là après. Il y a quelque chose de très réconfortant là-dedans. »

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Ce qu'elle dirait à un visiteur

On lui pose la question directement : si un voyageur arrive à Surgères pour la première fois, qu'est-ce qu'elle lui dit ?

Paulette réfléchit une seconde, les mains autour de sa tasse.

« Je lui dirais de ne pas être pressé. Surgères, ça ne se visite pas en courant. C'est une ville pour les gens qui savent s'arrêter. Allez au marché, mangez une glace, asseyez-vous dans le parc, levez les yeux vers les remparts. Et si vous avez un peu de chance, vous croiserez des vieux comme moi qui seront ravis de vous raconter des histoires. »

Elle sourit encore.

« Surgères, c'est une ville qui n'a pas besoin de faire du bruit pour exister. Elle est là, solide, belle, vivante. Elle l'était avant moi. Elle le sera après. »

Vous venez en famille à Surgères ou dans les environs ?

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La Charentaise
2 à 4 personnes
Au fil de l'eau
jusqu'à 10 personnes
Le Grand Horizon
jusqu'à 14 personnes