Histoire de La rochelle
Patrimoine & histoire de Charente-Maritime

La Rochelle : l'histoire d'une cité rebelle, des origines aux lumières d'aujourd'hui

Des tours du Vieux Port à la ville verte, huit siècles d'une ville qui n'a jamais plié facilement

Histoire de La Rochelle - vue du Vieux Port et des tours Saint-Nicolas et de la Chaîne
L'histoire de La Rochelle, c'est d'abord celle d'une ville qui n'a jamais su dire oui facilement. Paulette se souvient encore de la main calleuse de son grand-père serrant la sienne, un matin d'automne 1945, sur les pavés encore marqués du Vieux Port. Elle avait six ans. Les tours étaient debout, fières, un peu écorchées par la guerre, et son grand-père lui répétait : « Tu vois petite, cette ville-là, on a essayé cent fois de la faire tomber. Elle est toujours restée debout. » Quatre-vingts ans plus tard, Paulette raconte encore cette histoire à ses petits-enfants, sur le même quai, devant les mêmes tours. C'est cette histoire-là, faite de gloire, de famine, de bombes et de vélos jaunes, qu'on vous raconte aujourd'hui.

La Rochelle, tout le monde connaît la carte postale : les tours qui gardent l'entrée du port, les façades à arcades, les voiliers qui se balancent dans le Vieux Port. Mais derrière la carte postale, il y a une ville qui a survécu à un siège parmi les plus terribles de l'histoire de France, qui a porté l'uniforme allemand pendant cinq ans sans jamais vraiment plier, et qui a réinventé l'idée même de la ville moderne avec... des bicyclettes jaunes. Suivez le guide.

Une frise pour ne rien rater

Avant de plonger dans le détail de l'histoire de La Rochelle, voici les grandes dates à retenir si vous ne devez lire que ça (mais on espère que vous lirez la suite, on s'est appliqué).

Xe - XIe siècle Un modeste village de pêcheurs et de sauniers s'installe sur un promontoire rocheux protégé des marées.
1199 Aliénor d'Aquitaine accorde à La Rochelle une charte de commune libre. La ville devient maîtresse de ses propres affaires.
Seconde moitié du XIVe siècle Construction des tours Saint-Nicolas et de la Chaîne, reliées par une chaîne tendue chaque soir pour fermer le port.
1598 L'édit de Nantes accorde à La Rochelle, bastion protestant, le statut de place de sûreté fortifiée.
1627-1628 Le Grand Siège mené par Richelieu : quatorze mois de blocus, une digue construite en pleine mer, une famine terrible.
1685 La révocation de l'édit de Nantes provoque l'exil de centaines de familles protestantes rochelaises.
XVIIe - XVIIIe siècle Âge d'or du commerce atlantique vers la Nouvelle-France et les Antilles, avec ses zones de lumière et ses zones d'ombre.
1939-1945 Occupation, base sous-marine géante à La Pallice, poche assiégée jusqu'au tout dernier jour de la guerre en Europe.
1976 La Rochelle invente les vélos en libre-service et piétonnise son centre historique, pionnière de la ville verte en France.
Aujourd'hui Cité universitaire, nautique et touristique parmi les plus prisées de la côte atlantique.

Les origines : du sel, des filets et une charte de liberté

Avant d'être une star du tourisme, La Rochelle n'était qu'un petit port de pêcheurs et de sauniers, installé sur un promontoire rocheux à l'abri des marées de l'Atlantique. Le sel, justement, c'est tout un savoir-faire de la région : si vous voulez comprendre pourquoi cette côte sentait bon (et sent toujours bon) le commerce du sel, faites un tour du côté des marais salants de Charente-Maritime, qui racontent la même histoire à quelques kilomètres de là.

Le vrai coup d'accélérateur arrive en 1199 : Aliénor d'Aquitaine, duchesse parmi les plus puissantes de son temps, accorde à La Rochelle une charte de commune libre. Concrètement, la ville obtient le droit de s'administrer elle-même, d'élire ses propres maires et échevins, et de batailler contre les taxes royales avec un certain talent. Ce statut d'indépendance précoce explique en grande partie le caractère « rebelle » que La Rochelle traînera fièrement pendant des siècles. Une ville qui a appris très tôt à dire non n'oublie jamais comment on fait.

L'âge d'or : tours de garde et routes du Nouveau Monde

Au XIVe siècle, La Rochelle se dote de ses emblèmes les plus célèbres : les tours Saint-Nicolas et de la Chaîne, postées de chaque côté de l'entrée du port. Chaque soir, une lourde chaîne était tendue entre les deux tours pour interdire l'accès au port aux navires indésirables, un peu comme on tire le verrou de la porte d'entrée, sauf qu'ici le verrou pesait plusieurs tonnes et flottait sur l'eau. La tour de la Lanterne complètera plus tard ce trio de gardiennes, servant tour à tour de phare et de prison, où des marins captifs ont gravé sur les murs des graffitis qu'on peut encore admirer aujourd'hui.

La Rochelle ne doit pas sa réputation de ville rebelle qu'au commerce. Dès les années 1530-1540, les idées de la Réforme protestante trouvent un écho très favorable dans la cité, portées par des marchands et des armateurs séduits par cette nouvelle façon de penser la foi. La ville devient rapidement l'un des bastions les plus solides du protestantisme français : en 1571, elle accueille même un synode national réformé, où l'on réaffirme la confession de foi des Églises protestantes de France, en présence de figures comme Jeanne d'Albret ou l'amiral de Coligny.

Quand Henri IV signe l'édit de Nantes en 1598 pour mettre fin aux guerres de religion, La Rochelle obtient le statut très convoité de place de sûreté : la ville garde le droit d'entretenir ses propres fortifications et une garnison protestante, un privilège qui en fait une véritable place forte politique et religieuse, presque un État dans l'État. C'est précisément ce statut qui, trente ans plus tard, va attirer les foudres de Richelieu.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, La Rochelle devient par ailleurs l'un des grands ports atlantiques du royaume. Les navires partent vers Terre-Neuve pour la pêche à la morue, vers les Antilles pour le sucre, et vers la Nouvelle-France : la ville fut l'un des principaux points de départ des familles qui sont allées peupler le Québec, et nombre de Québécois retrouvent encore aujourd'hui des racines rochelaises en remontant leur arbre généalogique. Cette prospérité a cependant aussi un revers sombre : comme d'autres grands ports atlantiques de l'époque, La Rochelle a pris part au commerce triangulaire, une page d'histoire que la ville assume aujourd'hui dans son devoir de mémoire plutôt que de la passer sous silence.

La catastrophe : le Grand Siège de 1627-1628

C'est sans doute l'épisode le plus dramatique de toute l'histoire de La Rochelle. Ce statut de place de sûreté protestante, avec ses fortifications et sa garnison autonome, ne plaît pas du tout au cardinal de Richelieu, qui décide en 1627 d'en finir une bonne fois pour toutes avec cette ville qui refuse obstinément de filer droit. Le siège commence en septembre 1627 et va durer quatorze mois.

Pour empêcher la flotte anglaise du duc de Buckingham de venir ravitailler les assiégés par la mer, Richelieu ordonne un chantier complètement fou pour l'époque : une digue de plus d'un kilomètre, construite en pleine mer en quelques mois, à coups de pieux, de pierres et de navires sabordés. Le résultat est radical : plus aucun secours ne peut entrer dans le port. La ville, coupée de tout ravitaillement, sombre dans une famine effroyable. Les Rochelais en sont réduits à manger du cuir bouilli et tout ce qui leur tombe sous la main. Des vingt-cinq mille habitants que comptait la ville avant le siège, il n'en reste plus que quelques milliers à la reddition, en octobre 1628.

« Le premier qui parlera de se rendre, je le tue. » La légende attribue ces mots au maire Jean Guiton, qui aurait posé un poignard sur la table du conseil municipal pendant tout le siège

Qu'on prenne l'anecdote au pied de la lettre ou avec une pincée de sel rochelais, elle résume bien l'état d'esprit de la ville à cette époque : on ne cède pas, même quand il ne reste plus rien à manger. La Rochelle perdra ses privilèges de commune libre et son statut de place de sûreté à l'issue du siège, mais gagnera pour toujours sa réputation de ville qui ne courbe jamais l'échine sans combattre.

Le coup de grâce pour le protestantisme rochelais arrive un peu plus tard, en 1685, quand Louis XIV révoque l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau. Le culte protestant est interdit sur tout le royaume. Pour La Rochelle, dont une bonne partie des grandes familles de négociants et d'armateurs est restée fidèle à la religion réformée, le choc est rude : des centaines de familles choisissent l'exil plutôt que l'abjuration, direction les Provinces-Unies, l'Angleterre, les villes hanséatiques d'Allemagne, et même jusqu'au Cap de Bonne-Espérance ou aux colonies anglaises d'Amérique. La ville perd d'un coup une partie de son savoir-faire commercial et de ses capitaux, tandis que d'autres continuent à pratiquer leur foi en cachette, dans la clandestinité du « Désert », jusqu'à l'édit de tolérance de 1787.

La seconde catastrophe : la guerre, la poche et la dernière à se rendre

Trois siècles plus tard, l'histoire repasse les plats. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'occupant allemand transforme le port de La Pallice, juste à côté de La Rochelle, en l'une des plus grandes bases de sous-marins de tout le mur de l'Atlantique. D'immenses blockhaus en béton armé, capables d'abriter plusieurs U-Boote à la fois, sont construits par les Rochelais eux-mêmes, réquisitionnés pour le chantier. Ces structures gigantesques existent toujours aujourd'hui, témoins impressionnants et un peu glaçants de cette période.

À la Libération, en 1944, la majeure partie de la France est déjà libre. Mais pas La Rochelle. La garnison allemande s'enferme dans ce qu'on appelle « la poche de La Rochelle » et tient bon, retranchée, pendant que le reste du pays célèbre déjà la fin de l'Occupation. Il faudra attendre le 8 mai 1945, jour même de la capitulation allemande, pour que la poche de La Rochelle se rende enfin : la ville fait partie des toutes dernières parcelles du territoire français à être libérées, presque un an après le débarquement de Normandie. Une ville rebelle jusque dans sa libération, en somme.

La renaissance : quand La Rochelle invente la ville de demain

Après-guerre, la ville panse ses plaies et se reconstruit patiemment. Mais le vrai tournant arrive dans les années 1970, sous l'impulsion du maire Michel Crépeau. La Rochelle prend alors une longueur d'avance que peu de villes françaises peuvent revendiquer : en 1976, elle lance les premiers vélos en libre-service gratuits du genre en Europe, les fameux vélos jaunes, et piétonnise son centre historique parmi les tout premiers de France. À une époque où la voiture est reine partout ailleurs, La Rochelle choisit déjà de miser sur le vélo et les piétons. Visionnaire, ou tout simplement fidèle à son habitude de ne jamais faire comme tout le monde.

« Mes petits-enfants prennent les vélos jaunes pour aller au marché, exactement comme leurs parents le faisaient déjà dans les années 80. Y'a des choses qui ne changent pas, et tant mieux. » Paulette, fidèle des vélos jaunes depuis quatre décennies

Aujourd'hui, l'histoire de La Rochelle a définitivement tourné la page des sièges et des bombardements. La ville vit au rythme de son port de plaisance, l'un des plus grands d'Europe avec Port des Minimes, de son université, de son salon nautique international le Grand Pavois en automne, et d'un tourisme qui ne désemplit pas. Si vous cherchez d'autres façons de découvrir la région à un rythme tranquille, jetez un œil du côté du slow tourisme en Charente-Maritime, une philosophie qui colle plutôt bien à l'esprit rochelais d'aujourd'hui.

Visiter La Rochelle aujourd'hui : le côté pratique

Place aux choses utiles, pour que votre journée à La Rochelle soit aussi réussie que la digue de Richelieu (en mieux, on vous le souhaite).

Site ou activitéÀ savoirConseil pratique
Les trois tours (Saint-Nicolas, Chaîne, Lanterne)Monuments historiques gérés par le Centre des monuments nationaux, billet combiné disponiblePrivilégiez la fin de journée pour la lumière sur le port
Aquarium de La RochelleL'un des plus grands aquariums privés d'EuropeRéservez en ligne pour éviter la file, surtout en été
Musée MaritimeBateaux-musées à visiter, dont une ancienne frégate météorologiqueComptez environ deux heures de visite
Marché CentralMarché couvert historique, produits locauxMieux vaut y aller tôt le matin, l'ambiance y est imbattable
Bus de mer (navette maritime)Liaison entre le Vieux Port et Port des MinimesUne façon sympa de voir la ville depuis l'eau, sans se fatiguer

Le saviez-vous

Les tarifs et horaires changeant régulièrement, on vous conseille de vérifier les infos à jour directement sur le site de l'Office de Tourisme de La Rochelle avant votre visite.

Côté stationnement, mieux vaut laisser la voiture dans un parking en périphérie du centre-ville et terminer à pied : le centre historique se découvre bien mieux sur ses propres jambes, entre les arcades et les ruelles à colombages. Et si jamais le ciel décide de jouer les trouble-fêtes, sachez que La Rochelle regorge d'options à l'abri, entre l'aquarium et le musée maritime : on en parle plus en détail dans notre article sur que faire en Charente-Maritime sous la pluie.

Combien de temps prévoir, et depuis où ?

Comptez une bonne demi-journée pour les essentiels (tours, Vieux Port, déjeuner sur le port), une journée complète si vous voulez ajouter l'aquarium et le musée maritime. Depuis nos gîtes situés à Saint-Pierre-la-Noue, près de Surgères, comptez entre 30 et 45 minutes de route selon le trajet choisi : largement faisable en excursion à la journée, avec retour tranquille le soir pour l'apéro sur la terrasse.

Pour les amateurs de balades à vélo plutôt qu'en voiture, La Rochelle se prête particulièrement bien à l'exercice, dans la droite lignée de sa tradition des vélos jaunes. Si l'envie vous prend de prolonger l'expérience à deux roues au-delà de la ville, direction notre guide des balades à vélo en Charente-Maritime.

Envie de compléter votre séjour par d'autres étapes hors des sentiers battus ? Les villages pittoresques de Charente-Maritime offrent un contraste agréable avec l'effervescence du port rochelais, pour une journée plus posée.

La Rochelle à 30 minutes de votre gîte

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Questions fréquentes sur l'histoire de La Rochelle

Pourquoi La Rochelle était-elle un bastion protestant ?

Les idées de la Réforme s'implantent à La Rochelle dès les années 1530-1540 parmi les marchands et armateurs. La ville accueille un synode national réformé en 1571, puis obtient en 1598, avec l'édit de Nantes, le statut de place de sûreté fortifiée. C'est ce statut, perdu après le Grand Siège, puis la révocation de l'édit en 1685, qui scellera le destin du protestantisme rochelais.

Pourquoi La Rochelle est-elle surnommée la ville rebelle ?

Parce que son histoire est jalonnée de résistances : commune libre dès 1199, bastion protestant qui tient tête à Richelieu pendant quatorze mois en 1627-1628, et l'une des dernières villes françaises libérées en 1945, en mai, presque un an après le débarquement.

Que représentent les tours du Vieux Port de La Rochelle ?

La tour Saint-Nicolas et la tour de la Chaîne, construites au XIVe siècle, gardaient l'entrée du port grâce à une chaîne tendue chaque soir entre les deux. La tour de la Lanterne, plus tardive, a servi de phare puis de prison.

Quand La Rochelle a-t-elle été libérée pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Le 8 mai 1945, jour de la capitulation allemande. La poche de La Rochelle, retranchée autour de la base sous-marine de La Pallice, fait partie des dernières enclaves allemandes en France à se rendre.

Combien de temps faut-il pour visiter La Rochelle ?

Une demi-journée suffit pour le Vieux Port et les tours, comptez une journée complète avec l'aquarium et le musée maritime. La ville se trouve à environ 30 à 45 minutes de nos gîtes de Saint-Pierre-la-Noue.